Le Quantum Act européen, en cours de préparation, suscite des discussions animées au sein de l’Union européenne. Destiné à favoriser la consolidation du secteur des technologies quantiques sans pour autant disposer d’un budget spécifique, ce projet incitatif soulève des interrogations parmi les acteurs du domaine. Que réserve-t-il pour l’avenir du quantique en Europe ?
L’essentiel à retenir
Imaginez un continent où l’innovation quantique est en plein essor, mais où chaque startup agit de manière indépendante. C’est le défi auquel l’Europe est confrontée aujourd’hui. Avec une industrie en pleine expansion mais fragmentée, le Quantum Act européen pourrait être la clé pour harmoniser les efforts, sans pour autant imposer des contraintes budgétaires rigides. Comment l’Europe peut-elle tirer parti de son potentiel quantique tout en restant compétitive face aux mastodontes mondiaux ?
Thomas Skordas, directeur général adjoint de la DG CNECT à la Commission européenne, a présenté le Quantum Act comme un outil incitatif plutôt qu’un cadre réglementaire strict. Contrairement à d’autres lois européennes comme l’AI Act, le Quantum Act ne se veut pas contraignant mais plutôt un catalyseur de changement. Durant une session au Parlement européen, Skordas a insisté sur la nécessité de consolider les efforts des 78 startups quantiques européennes, pour éviter le cloisonnement. Son objectif : encourager une collaboration renforcée sans étouffer la concurrence.
La session a également mis en lumière les difficultés auxquelles fait face l’Europe, notamment l’absence de géants comparables à Microsoft ou Google dans le domaine quantique. Ce manque pourrait limiter la capacité de l’Europe à mener la danse sur la scène internationale.
Tommaso Calarco, secrétaire du comité consultatif de l’UE sur les technologies quantiques, a souligné que les besoins du secteur se résument en trois mots : argent, rapidité, collaboration. Si le Quantum Act peut contribuer à la rapidité et à la collaboration, la question du financement reste sans réponse. Calarco a exprimé ses inquiétudes quant à la capacité des États membres à mutualiser efficacement leurs ressources.
Les investissements publics dans les technologies quantiques en Europe sont pourtant considérables. La France, par exemple, a engagé 500 millions d’euros via le programme PROQCIMA de France 2030. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour concrétiser les ambitions européennes.
Cecile Perrault, directrice exécutive du Consortium européen de l’industrie quantique, a rappelé l’importance de la production locale. Actuellement, 80 % des composants des ordinateurs quantiques européens sont fabriqués sur le continent. Cette capacité de production est un atout majeur pour l’Europe. La construction d’une usine de puces quantiques par Novo Nordisk à Copenhague illustre cette dynamique proactive.
Parallèlement, la nécessité de lier le quantique aux semi-conducteurs, à la photonique et au cloud est cruciale. Ces connexions pourraient renforcer la position de l’Europe sur le marché mondial et favoriser une adoption plus large de ces technologies émergentes.
Eleni Diamanti, cofondatrice de Welinq et directrice de recherche au CNRS, a noté que les talents sont attirés par les organisations dominantes, plus que par des salaires élevés. Cette observation soulève la question de l’attrait des entreprises européennes pour les chercheurs et ingénieurs de haut niveau.
Sergey Lagodinsky, eurodéputé allemand, a quant à lui évoqué la compétition entre modèles de société, où la technologie joue un rôle central. L’Europe a l’opportunité d’adopter un modèle unique qui pourrait influencer l’innovation mondiale. Cependant, l’absence de clarté sur le contenu du Quantum Act et ses mécanismes reste un défi majeur à surmonter.
Alors que le Quantum Act se dessine en Europe, d’autres régions du monde avancent également sur leurs propres régulations. Aux États-Unis, les initiatives pour encourager l’innovation quantique se multiplient, avec des investissements publics et privés significatifs. Cette course mondiale à la technologie quantique souligne l’importance pour l’Europe de définir des stratégies claires et coordonnées.
L’Asie, et notamment la Chine, mise aussi sur le quantique avec des programmes ambitieux. Les entreprises européennes doivent donc se préparer à une compétition internationale de plus en plus intense, où la rapidité d’innovation sera décisive.
La standardisation représente un défi majeur pour l’industrie quantique. Les entreprises doivent concilier innovation rapide et normes de sécurité rigoureuses. L’ANSSI en France a déjà annoncé qu’elle cessera de certifier les produits dépourvus de standards post-quantiques dès 2027. Cette décision illustre la nécessité de normes claires pour sécuriser les avancées technologiques.
L’harmonisation des standards à l’échelle européenne pourrait renforcer la compétitivité des entreprises du continent. Cependant, elle nécessite une collaboration étroite entre les différents acteurs, des startups aux grands groupes, en passant par les régulateurs.
Qu’est-ce que le Quantum Act européen ?
Le Quantum Act européen est un projet législatif en préparation qui vise à encourager la consolidation du secteur des technologies quantiques en Europe. Il ne comporte pas de budget dédié mais se veut incitatif plutôt que réglementaire.
Quand le Quantum Act sera-t-il présenté ?
La Commission européenne prévoit de présenter le Quantum Act avant la fin de 2026, bien qu’un report jusqu’en 2027 ne soit pas exclu.
Quels sont les principaux défis du secteur quantique en Europe ?
Les principaux défis incluent la fragmentation du secteur avec de nombreuses startups agissant de manière indépendante, le besoin de collaboration et de rapidité, ainsi que l’absence d’un financement dédié au niveau européen.
Comment l’Europe se positionne-t-elle face à d’autres régions du monde dans le domaine quantique ?
L’Europe investit considérablement dans les technologies quantiques, mais elle doit faire face à la concurrence des États-Unis et de la Chine, qui poursuivent également des programmes ambitieux dans ce domaine.