Depuis plus de deux décennies, la gendarmerie nationale et la direction générale des finances publiques (DGFiP) naviguent sans les logiciels de Microsoft, un choix audacieux qui suscite l’intérêt. Alors que la majorité des ministères continuent de renouveler leurs licences Microsoft, ces deux entités ont opté pour des alternatives libres. Cette décision, saluée par la Cour des comptes, n’est pas sans défis. Découvrez comment ces administrations ont réussi ce virage numérique et ce que cela implique.
L’essentiel à retenir
Imaginez travailler au sein d’une administration où chaque ordinateur fonctionne sous un système d’exploitation développé en interne. C’est le quotidien des gendarmes français depuis l’implémentation de GendBuntu, une version de Linux spécialement conçue pour leurs besoins. Cette transition vers le logiciel libre, amorcée dans les années 2000, n’était pas sans risques, mais elle a ouvert la voie à une indépendance technologique que peu d’organisations peuvent revendiquer aujourd’hui.
La gendarmerie nationale a été pionnière dans l’adoption des logiciels libres. Dès les années 2000, elle a remplacé Microsoft Office par OpenOffice, puis par LibreOffice dans les années 2010. Le principal objectif était de respecter les standards ouverts et d’éliminer la dépendance aux éditeurs commerciaux. Cela a permis de réduire considérablement les coûts liés aux licences tout en forgeant une infrastructure informatique plus adaptable.
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En outre, la gendarmerie a développé sa propre distribution Linux, GendBuntu, qui équipe aujourd’hui 72 000 ordinateurs portables. Ce choix permet une gestion centralisée efficace, nécessitant peu de personnel pour maintenir et sécuriser l’ensemble du système.
Pour la DGFiP, l’abandon des logiciels Microsoft a principalement été motivé par des considérations budgétaires. L’adoption de LibreOffice et d’autres outils libres a permis de réaliser des économies significatives. Cependant, l’intégration de ces logiciels a nécessité des efforts d’adaptation, notamment en termes de formation des agents et d’accompagnement au changement.
La DGFiP a également dû faire face à des résistances internes, surtout parmi les cadres habitués aux outils Microsoft. Certains ont conservé l’utilisation de Microsoft Office pour les échanges externes ou pour l’utilisation de fonctionnalités avancées d’Excel.
Sur le plan financier, les logiciels libres ont permis à la gendarmerie et à la DGFiP de réduire drastiquement leurs dépenses. Alors qu’une licence Microsoft Office coûte entre 150 et 200 euros par utilisateur et par an, LibreOffice est gratuit à l’installation. Les économies potentielles pour l’État sont estimées entre 30 et 65 millions d’euros par an.
Cependant, ces logiciels ne sont pas exempts de coûts. Les frais d’intégration et de support, ainsi que la nécessité de compétences techniques spécialisées, représentent des dépenses non négligeables. De plus, la transition vers le libre peut échouer, comme l’a montré l’expérience du ministère de la Culture, qui est revenu à Microsoft après une tentative avortée de passage au libre.
En avril 2026, la direction du numérique de l’État (DINUM) a annoncé son intention de migrer ses systèmes vers Linux, avec deux configurations maison : Sécurix et Bureautix. La Cour des comptes encourage l’État à approfondir cette transition, en fixant un horizon de trois à quatre ans pour généraliser l’utilisation de logiciels bureautiques libres en ligne.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large vers l’adoption de standards ouverts et d’une plus grande indépendance technologique. Cependant, elle soulève également des questions sur la capacité de l’État à gérer cette transition de manière efficace et durable.
Au-delà des économies réalisées, le passage aux logiciels libres répond également à des enjeux de cybersécurité. Les logiciels open source offrent une transparence et une flexibilité qui permettent une meilleure maîtrise des risques. De plus, la communauté open source est souvent réactive dans la détection et la correction des vulnérabilités, un atout non négligeable dans un contexte de menaces numériques croissantes.
Des entreprises comme Red Hat et Canonical, derrière la distribution Ubuntu, ont démontré que l’open source peut rivaliser avec les solutions propriétaires en termes de sécurité et de fiabilité. Cette tendance pourrait encourager d’autres administrations à reconsidérer leur dépendance aux logiciels propriétaires.
Le choix de logiciels libres s’inscrit également dans une volonté de renforcer la souveraineté numérique de l’État. En réduisant la dépendance aux géants technologiques américains, la France et d’autres pays européens cherchent à protéger leurs données sensibles et à garantir l’indépendance de leurs infrastructures critiques.
Des initiatives européennes comme Gaia-X visent à promouvoir un écosystème numérique basé sur des standards ouverts et des valeurs communes. Dans ce contexte, le logiciel libre apparaît comme un levier stratégique pour construire une économie numérique plus résiliente et indépendante.
Quels sont les principaux avantages des logiciels libres pour l’administration ?
Les logiciels libres permettent de réduire les coûts liés aux licences, de respecter les standards ouverts et d’accroître l’indépendance technologique. Ils offrent également une plus grande flexibilité et transparence, ce qui peut renforcer la cybersécurité.
Quels sont les principaux défis de la transition vers les logiciels libres ?
La transition nécessite des efforts d’adaptation, notamment en termes de formation des utilisateurs et de gestion du changement. Des compétences techniques spécialisées sont également nécessaires pour intégrer et maintenir ces logiciels.
Quelle est la satisfaction des utilisateurs face aux logiciels libres ?
Selon les enquêtes internes, la satisfaction des utilisateurs est globalement positive. Par exemple, 87 % des agents de la DGFiP se disent satisfaits de LibreOffice. Cependant, un accompagnement adéquat est essentiel pour garantir cette satisfaction.
Comment les logiciels libres peuvent-ils renforcer la souveraineté numérique ?
En réduisant la dépendance aux éditeurs de logiciels propriétaires, les logiciels libres contribuent à protéger les données sensibles et à garantir l’indépendance des infrastructures critiques. Ils jouent un rôle clé dans la construction d’une économie numérique résiliente et souveraine.