Alors que les assureurs américains choisissent de se défaire des risques liés à l’intelligence artificielle, leurs homologues français adoptent une approche diamétralement opposée, voyant en cette technologie émergente la plus grande opportunité de leur secteur. Une divergence qui illustre des stratégies contrastées face à une innovation à double tranchant.
L’essentiel à retenir
Aux États-Unis, les grands assureurs ont obtenu l’autorisation d’exclure l’intelligence artificielle de leurs polices d’assurance standard. Des entreprises comme AIG, WR Berkley et Great American ont été à l’avant-garde de cette initiative, suivies par Berkshire Hathaway, Chubb et Travelers. Ces compagnies craignent les réclamations liées à l’utilisation de l’IA, qu’elle soit réelle ou alléguée, et préfèrent se protéger en évitant de couvrir ces risques.
En France, en revanche, l’intelligence artificielle est classée comme la première opportunité du secteur de l’assurance, selon la cartographie 2026 de France Assureurs. Alors que l’IA monte dans le classement des risques, la profession la perçoit également comme un levier de croissance significatif. Cette double lecture reflète une approche plus optimiste et proactive face aux défis posés par la technologie.
En Europe, les assureurs ne cherchent pas seulement à exclure les risques liés à l’IA, mais aussi à les gérer et à les exploiter. Munich Re, par exemple, propose des couvertures pour les défaillances de modèles d’IA depuis 2018, et le groupe a récemment élargi son offre pour inclure des protections contre les « hallucinations » de l’IA, avec des garanties pouvant atteindre 15 millions d’euros.
De son côté, l’assureur australien QBE a lancé une extension pour couvrir les amendes potentielles découlant de l’AI Act européen. Cette approche transforme un règlement perçu comme contraignant en une opportunité commerciale, attirant ainsi de nouveaux clients intéressés par la conformité réglementaire.
Le régulateur européen de l’assurance a publié en août 2025 un avis sur la gouvernance de l’IA, clarifiant ainsi le cadre existant sans créer de nouvelles règles. Toutefois, certains angles morts subsistent, notamment en matière de responsabilité civile, la directive initiale ayant été retirée faute d’accord.
La nouvelle directive sur les produits défectueux, devant être transposée avant décembre 2026, présente également des lacunes, notamment en ce qui concerne la couverture des pertes purement économiques entre entreprises. L’Europe continue donc de travailler sur l’affinement de sa réglementation pour mieux encadrer les risques liés à l’IA.
En 2026, l’intelligence artificielle continue de transformer le secteur de l’assurance. Les entreprises doivent désormais composer avec un paysage réglementaire en constante évolution et des attentes croissantes des consommateurs pour des produits plus personnalisés et réactifs. Les assureurs européens, en particulier, cherchent à innover en intégrant l’IA dans leurs processus pour améliorer la gestion des sinistres et l’évaluation des risques.
Parallèlement, les compagnies d’assurance doivent également naviguer dans un climat de méfiance croissante envers l’IA, alors que les réclamations liées à cette technologie augmentent. Cela amène à un débat sur l’équilibre entre innovation technologique et responsabilité sociale, un sujet qui reste au cœur des préoccupations des régulateurs et des acteurs du secteur.
À l’échelle mondiale, le secteur de l’assurance est confronté à des défis majeurs en matière de gestion des risques liés à l’intelligence artificielle. L’adoption rapide de cette technologie oblige les assureurs à revoir leurs stratégies de couverture et à se préparer à des scénarios inédits. Des entreprises comme Allianz et AXA investissent considérablement dans la recherche et le développement pour anticiper les impacts potentiels de l’IA sur leurs activités.
En parallèle, les collaborations entre assureurs et entreprises technologiques se multiplient pour développer des solutions innovantes capables de répondre aux enjeux actuels. Ces partenariats permettent de créer des produits d’assurance plus adaptés aux nouvelles réalités économiques et technologiques, tout en renforçant la résilience du secteur face aux risques émergents.