Recruter n’a jamais été aussi complexe : pénurie de profils, CV très homogènes, exigences salariales qui évoluent vite… Résultat : comparer deux candidats devient souvent un casse-tête, même pour des entreprises expérimentées.
Pour éviter les choix impulsifs ou basés uniquement sur le “feeling”, les cabinets RH s’appuient sur un outil structuré, méthodique et redoutablement efficace : la grille d’analyse multicritère.
Contrairement à une simple évaluation intuitive, ce modèle permet d’observer deux profils sous le même angle, de poser des repères précis et d’objectiver chaque étape de sélection.
Lors d’un entretien d’embauche, chaque détail compte, même du sel ou du poivre posé sur la table. On vous explique en quoi ça consiste, et comment le réussir.
Lire l'articleÉvaluer deux candidats uniquement sur la base du ressenti est une erreur fréquente.
Les cabinets RH ont mesuré depuis longtemps plusieurs biais qui perturbent la décision :
● Survalorisation du candidat vu en dernier
● Confusion entre personnalité agréable et compétences réelles
● Tendance à privilégier un profil similaire au recruteur
● Effet “CV brillant” qui masque des lacunes opérationnelles
● Poids excessif d’une mauvaise réponse lors de l’entretien
Une grille multicritère vient neutraliser ces biais en forçant une analyse structurée, critère par critère, et non une impression globale.
C’est aussi un outil indispensable pour justifier une décision, notamment lorsque plusieurs managers participent au recrutement.
Ce que beaucoup d’entreprises ignorent, c’est qu’il n’existe pas de grille universelle.
Les cabinets RH en créent une spécifique à chaque poste, en partant de trois blocs fondamentaux.
Les recruteurs identifient les compétences réellement nécessaires dès le premier mois d’embauche.
Exemples :
● Pour un poste de comptable : maîtrise d’un logiciel précis, autonomie en clôture, fiabilité des contrôles
● Pour un commercial : capacité à générer des rendez-vous, savoir structurer une offre, compréhension du marché
● Pour un développeur : niveau sur un langage ciblé, aptitude à documenter son code, rigueur en tests
Chaque critère reçoit un niveau attendu (de base, intermédiaire ou expert).
Ici, les cabinets RH se concentrent sur les comportements qui influencent la performance :
● Gestion des priorités
● Résolution de problèmes
● Aisance relationnelle
● Adaptation aux changements
● Autonomie réelle (et non déclarative)
Ces critères empêchent de recruter quelqu’un de très compétent techniquement mais incapable d’évoluer dans la culture de l’entreprise.
Pour départager deux profils très proches, les cabinets observent :
● Stabilité potentielle
● Capacité à monter en compétence
● Cohérence des motivations
● Vision professionnelle à moyen terme
C’est souvent le bloc qui tranche quand deux profils semblent identiques sur le papier.
La plupart des cabinets utilisent des échelles de 1 à 4 ou de 1 à 5, mais le secret se trouve ailleurs :
chaque critère a un poids différent.
Un exemple concret :
● Compétences techniques : 45 %
● Aptitudes comportementales : 35 %
● Projection long terme : 20 %
Cette pondération varie selon le poste.
Un rôle très opérationnel favorisera les compétences techniques.
Un rôle managérial favorisera les aptitudes comportementales.
Un rôle en croissance rapide favorisera les capacités d’évolution.
Ce système permet d’éviter qu’un candidat obtienne un bon score global uniquement grâce à une force isolée.
Voici la démarche précise utilisée lorsqu’il faut départager deux finalistes.
Jamais en parallèle.
Chaque candidat est évalué seul pour éviter les influences entre les colonnes.
Les cabinets se concentrent sur les écarts de deux points ou plus sur un critère majeur.
Exemple :
Si la rigueur technique pèse lourd et qu’un candidat a 5/5 et l’autre 3/5, l’écart n’est pas discutable.
Certains critères fonctionnent comme des “portes d’entrée” :
● Un comptable incapable de gérer les écritures complexes
● Un commercial qui ne supporte pas les outils CRM
● Un manager incapable de recadrer une équipe
Peu importe le reste du score, ces critères éliminent un candidat.
Les meilleurs cabinets RH vérifient les contradictions :
● Une compétence déclarée mais jamais illustrée
● Une expérience surévaluée
● Une incohérence entre la motivation annoncée et les projets réels
Ce point explique une bonne partie des éliminations en phase finale.
Même un candidat avec un score légèrement plus faible peut être retenu si sa projection long terme correspond mieux aux besoins stratégiques.
Quand deux profils semblent identiques, les cabinets s’appuient sur quatre critères souvent décisifs.
Les postes évoluent, les outils aussi.
Un candidat capable d’absorber rapidement de nouvelles méthodes restera performant plus longtemps.
Les recruteurs valorisent les candidats qui :
● répondent en étapes
● illustrent avec des situations vérifiables
● expliquent clairement leur rôle précis dans un projet
La clarté d’expression reflète la clarté d’analyse.
Un candidat qui a préparé son entretien, compris les enjeux du secteur et identifié ce qu’il peut apporter marque beaucoup de points.
Une demande réaliste, alignée avec le marché et le niveau du poste, évite les renégociations ou les tensions futures.
Vous pouvez appliquer la même méthode, même dans une petite structure.
Trop de critères diluent l’analyse.
Trop peu donnent un verdict injuste.
Exemples selon le poste :
● Support technique : technique 60 %, comportemental 25 %, projection 15 %
● Commercial : comportemental 40 %, technique 30 %, projection 30 %
● Manager : comportemental 45 %, technique 25 %, projection 30 %
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Jamais à deux colonnes en même temps.
Une phrase suffit :
“Démontre une maîtrise correcte mais manque d’exemples récents.”
Cela évite les notes “au feeling”.
Les scores secondaires ne doivent jamais prendre le dessus.