L’idée d’une entreprise fonctionnant sans managers peut sembler radicale. Pourtant, plusieurs organisations testent déjà des structures horizontales, où les décisions se prennent collectivement et les responsabilités se répartissent entre les équipes. Ce modèle modifie la façon dont le travail est organisé et les relations professionnelles se construisent. Il attire l’attention des startups, des sociétés technologiques et même de certaines grandes entreprises qui cherchent à expérimenter de nouvelles formes de gouvernance. Les collaborateurs gagnent en autonomie, mais doivent également assumer davantage de responsabilités.
Dans une organisation sans managers, les tâches habituellement attribuées aux responsables hiérarchiques sont confiées aux équipes. Chaque membre participe à la définition des priorités, à l’organisation du travail et à l’évaluation des résultats. Cette approche demande une collaboration étroite et une forte discipline collective.
Des entreprises comme Valve, l’éditeur de jeux vidéo américain, ou Buurtzorg, un réseau néerlandais de soins infirmiers, ont adopté cette logique. Les équipes définissent elles-mêmes leurs missions et répartissent les responsabilités de manière autonome. Les décisions se prennent après discussion et consensus, et chaque membre est impliqué dans la planification et le suivi des actions.
Ce mode de fonctionnement encourage la responsabilité individuelle et collective. Les collaborateurs anticipent les besoins, proposent des solutions et ajustent leur travail en fonction des priorités communes. La réactivité et la vision globale de l’entreprise sont alors portées par la participation active de tous, mais il faut une réelle capacité de communication et d’organisation pour éviter les tensions et les malentendus.
Supprimer les managers ne signifie pas éliminer le besoin de coordination. Les équipes doivent gérer les conflits, organiser les réunions et veiller à ce que les projets avancent dans le respect des délais et des objectifs.
Certaines organisations mettent en place des fonctions temporaires ou tournantes, comme un facilitateur de projet. Ce rôle consiste à assurer la logistique, organiser les échanges et aider à la priorisation sans exercer de pouvoir hiérarchique. Ces mécanismes permettent de maintenir une cohérence dans le travail collectif et de suivre l’évolution des projets sans freiner l’autonomie des collaborateurs.
La cohésion devient un enjeu quotidien. Dans les structures classiques, le manager est souvent un médiateur et un point d’alignement. Sans cette figure, les équipes doivent développer des méthodes pour résoudre les désaccords et maintenir un fonctionnement harmonieux. La formation à la communication et à la résolution de problèmes est alors indispensable pour éviter les tensions prolongées et les blocages dans les projets.
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Pour que ce modèle fonctionne correctement, l’entreprise doit définir un cadre précis. Les objectifs et les responsabilités doivent être répartis clairement pour éviter les chevauchements ou les zones d’ombre. La transparence est un facteur déterminant pour que chaque membre connaisse l’état d’avancement des projets et les contributions des autres collaborateurs.
Les outils numériques jouent un rôle majeur. Les plateformes de gestion de projet, les logiciels de suivi des tâches et les espaces de partage d’informations permettent aux équipes de visualiser le progrès et d’échanger de manière fluide. La visibilité des activités encourage la participation et favorise l’engagement des collaborateurs.
Cette autonomie motivante repose sur la capacité des équipes à organiser leur travail, à partager les connaissances et à anticiper les difficultés. Les membres voient directement le résultat de leurs efforts, ce qui nourrit l’implication et le sentiment de responsabilité collective. Les décisions sont prises rapidement et l’efficacité opérationnelle peut s’améliorer lorsque les équipes ont les moyens et les informations nécessaires pour agir.
Le modèle sans managers fonctionne relativement bien dans des structures de taille moyenne, mais il se complique lorsque l’entreprise compte plusieurs centaines ou milliers de collaborateurs. La coordination devient plus difficile et certaines fonctions requièrent un arbitrage rapide ou une expertise particulière.
Le recrutement et l’intégration des nouveaux employés représentent un défi supplémentaire. Sans encadrement structuré, les erreurs et malentendus se multiplient. La maturité des équipes et leur capacité à gérer la responsabilité collective deviennent des éléments essentiels pour éviter des ralentissements dans les projets ou des tensions internes.
Certaines grandes entreprises ont choisi un modèle hybride, où certaines équipes fonctionnent en autonomie tandis que d’autres disposent de facilitateurs pour aider à la priorisation et au suivi. Ce compromis permet de combiner l’agilité et la réactivité des équipes auto-organisées avec la stabilité nécessaire pour les missions critiques.
Dans les structures expérimentant l’absence de managers traditionnels, les fonctions hiérarchiques classiques évoluent plutôt que disparaissent. Les managers deviennent mentors, coachs ou conseillers et interviennent uniquement pour soutenir les équipes sur des projets complexes ou lors de situations délicates.
Les collaborateurs prennent une part active dans toutes les décisions, mais bénéficient d’un accompagnement ponctuel pour les orienter dans des tâches techniques ou stratégiques. La figure du manager classique cède la place à une présence de soutien, qui favorise l’apprentissage, la montée en compétences et le partage de bonnes pratiques entre équipes.
Ce modèle permet de développer l’autonomie tout en conservant un filet de sécurité pour éviter que des erreurs ou des décisions inconsistantes ne se propagent dans l’organisation. Il encourage aussi la montée en responsabilité progressive des employés, qui apprennent à gérer des projets de manière indépendante tout en ayant recours à un appui ponctuel en cas de besoin.
Les retours des entreprises qui ont adopté cette approche montrent des résultats contrastés. Dans certains cas, l’autonomie des équipes a amélioré la réactivité, la créativité et l’engagement. Les collaborateurs apprécient de voir leur contribution directement valorisée et de pouvoir influencer l’organisation du travail.
Dans d’autres cas, le manque de supervision directe peut créer des inefficiences, des doublons ou des tensions dans les équipes. Les structures horizontales demandent un investissement important en termes de communication, d’outils et de formation pour fonctionner correctement.
Le modèle horizontal n’est pas universel. Il dépend fortement de la culture d’entreprise, de la maturité des équipes et de la complexité des projets. Certaines organisations optent pour des équipes semi-autonomes encadrées par des facilitateurs, d’autres expérimentent des modèles complètement horizontaux sur des projets spécifiques pour évaluer la faisabilité sur le long terme.