L’adoption d’un SIRH (Système d’Information des Ressources Humaines) représente un investissement important pour toute entreprise. Entre le coût des licences, la formation des équipes et l’intégration des processus existants, les attentes sont élevées. Pourtant, il n’est pas rare de constater qu’un SIRH est abandonné ou sous-utilisé moins de deux ans après son déploiement. Cette situation interroge sur les causes réelles derrière ces échecs rapides et sur la manière dont les entreprises pourraient éviter des pertes de temps et d’argent importantes.
Beaucoup d’entreprises choisissent leur SIRH en fonction de promesses marketing ou de recommandations sectorielles. Les fournisseurs mettent en avant la centralisation des données, l’automatisation des tâches RH et la simplification de la paie. Mais sur le terrain, la réalité est souvent différente.
Un SIRH peut s’avérer complexe à configurer et nécessiter des ajustements constants pour correspondre aux processus internes spécifiques. Les modules standards ne couvrent pas toujours les besoins particuliers des PME ou des structures hybrides. Dans certains cas, les équipes RH se retrouvent à devoir créer des contournements manuels, annulant les gains supposés de l’automatisation.
Selon une étude Gartner 2025, près de 35 % des entreprises qui ont implémenté un SIRH l’ont abandonné ou limité son usage après moins de 24 mois, principalement pour des raisons liées à l’adéquation avec leurs besoins réels.
Certains SIRH proposent un nombre impressionnant de modules : paie, recrutement, formation, gestion des talents, reporting avancé… Pour une petite équipe RH, cette richesse peut devenir un fardeau. La multiplication des écrans, des champs et des workflows génère une complexité qui dépasse la capacité d’adoption des équipes. Résultat : le logiciel reste partiellement utilisé, puis est progressivement abandonné.
L’un des défis majeurs lors du déploiement d’un SIRH concerne son intégration avec les outils déjà en place : ERP, logiciels de paie, CRM ou outils de gestion de temps.
Dans la pratique, ces connexions sont souvent plus longues et coûteuses que prévu. Des incompatibilités techniques ou des besoins de personnalisation supplémentaires peuvent provoquer des retards et une frustration importante.
Une étude réalisée par PwC en 2024 montre que 42 % des abandons de SIRH dans les PME sont liés à des problèmes d’intégration. Les équipes RH finissent par revenir à des solutions ponctuelles ou manuelles, car le système censé centraliser l’information devient un obstacle.
Un autre aspect souvent sous-estimé concerne l’importation des données existantes : dossiers salariés, historiques de paie, formations et évaluations. Les systèmes hérités sont rarement compatibles, ce qui oblige à nettoyer, restructurer ou reformater des volumes importants de données.
Cette étape est chronophage et entraîne souvent des erreurs. Les utilisateurs perdent confiance dans le SIRH dès les premières semaines, ce qui contribue à la décision d’abandon rapide.
Même le SIRH le plus intuitif reste un changement significatif pour les équipes. La formation initiale, si elle est superficielle ou inadaptée, ne suffit pas.
Selon une enquête Deloitte 2025, 50 % des collaborateurs considèrent que la formation reçue lors de la mise en place du SIRH était insuffisante, ce qui génère un manque de confiance et une utilisation limitée des fonctionnalités.
Le turnover dans les équipes RH accentue ce problème : les nouvelles recrues doivent être formées de manière continue, ce qui représente un coût opérationnel souvent négligé dans le plan initial.
Les entreprises qui réussissent l’adoption d’un SIRH identifient généralement des champions internes, responsables de l’accompagnement des équipes et de la résolution des difficultés. L’absence de ces relais peut rapidement conduire à une utilisation superficielle, puis à l’abandon, car personne ne veille à l’intégration quotidienne du système.
Le budget initial pour l’acquisition d’un SIRH représente souvent une part importante du coût annuel des RH. Mais les coûts indirects comme la personnalisation, maintenance, intégration, support technique, formation continue sont parfois sous-estimés.
Une PME peut constater que le SIRH ne génère pas les économies espérées ou qu’il demande plus de temps que les processus précédents. Dans ce contexte, la décision de revenir à des outils plus simples ou hybrides devient logique.
Selon un rapport du cabinet CXP Group 2025, près de 28 % des entreprises abandonnent leur SIRH pour des raisons financières, non liées à la qualité du logiciel lui-même, mais à la perception d’un retour sur investissement insuffisant.
L’implantation d’un SIRH représente un véritable changement organisationnel. Les habitudes anciennes sont profondément ancrées : feuilles Excel, mails, tableaux partagés. Le SIRH impose une discipline nouvelle, souvent perçue comme contraignante si elle n’est pas accompagnée par une communication claire et des processus bien définis.
Sans accompagnement suffisant, les utilisateurs se replient sur leurs méthodes familières, réduisant l’usage du SIRH à quelques modules basiques et accélérant son abandon.
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Enfin, certains échecs sont liés à un mauvais alignement entre le SIRH et les objectifs de l’entreprise. Le logiciel peut être choisi pour ses fonctionnalités avancées, sans réelle réflexion sur la stratégie RH, les besoins opérationnels ou la capacité de l’équipe à l’exploiter pleinement.
Dans ces situations, le SIRH devient un outil sophistiqué mais sous-utilisé. Les fonctionnalités avancées restent inexplorées, et l’outil est progressivement abandonné faute de valeur perçue.
Une étude Deloitte 2025 indique que plus de 40 % des abandons de SIRH dans les grandes entreprises sont dus à un décalage entre l’outil et la stratégie RH, plutôt qu’à des problèmes techniques.